Le détournement d’objets est tendance. Il n’y a pas de magazine ou d’émission de déco qui n’y consacre à l’heure actuelle des gros titres, des Unes, ou des pages entières à coup de couleurs flashy et d’idées résolument géniales.Pourtant en aménagement d’intérieur il faut parfois savoir prendre un peu de recul et apprivoiser les tendances. Car elles sont parfois trompeuses…

J’avoue, que depuis longtemps, je m’amuse à envisager les objets dans un univers de possibles. Projeter un élément dans une fonction qui n’est pas la sienne, penser un décalage ludique et esthétique, génère un foisonnement d’idées intéressant à exploiter. Mais à trop vouloir jouer la carte de l’originalité, la saturation guette et les faux-pas sommeillent, n’attendant que la « touche » too much pour investir les lieux.

 Il y a une dizaine de jours La Maison France 5, dans sa rubrique « Inspiré » a tenté de nous convaincre des bienfaits de détournements tous azimuts. Et dans ma BAL, vendredi dernier, le sommaire du magazine Elle me faisait la promesse d’un Spécial déco avec des « idées qui changent tout ». Soit. Pourtant je ne peux m’empêcher de trouver certains détournements inesthétiques au plus haut point et totalement saugrenus. Le grotesque semble vouloir s’imposer au détriment du bon goût. C’est un peu comme si on lisait dans un magazine de mode que cet hiver, pour être fashion, nous allons devoir accepter la plume d’Autriche plantée haut dans le slim. Prière de respecter le dress code. Les diktats de la mode ont pensé pour nous.

 Bref, je dévie de mon propos quoi que… Voyons plutôt les idées déco auxquelles on nous propose de succomber, au travers de titres et de slogans tous plus déroutants les uns que les autres : « Recyclez vos jupons, faites-en un abat-jour folk », suspendez vos bonnets de laine à des poignées de fenêtre à l’aide de ficelle pour en faire un « rangement à foulards » (il faut dire que pour les besoins de la photo on a mis le paquet, en nous proposant la version « baby alpaga tricoté »). Ben oui, quoi ? Ne soyons pas naïfs. Les pseudos-délires-déco-tendance sont plus sympas si on utilise des matières nobles, écolos et des foulards Hermès, histoire de bien nous rappeler que la déco est accessible à tous avec trois fois rien… Mais le must du must reste à venir. Et là je décerne la Palme d’Or aux plumeaux détournés en, je cite, « trophée idéal pour une porte, réalisé avec trois plumeaux japonais Hataki ». Alors là c’est sûr: si les plumeaux sont japonais, il n’y a plus rien à rajouter ! Moi en tous cas à ce stade ultime de la création, je ne peux résister à la tentation de livrer la photo telle quelle, tout droit sortie du beau papier glacé du magazine.

 

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What else ?

 

Heureusement qu’à côté de ce fatras d’idées loufoques quelques bons plans sont à retenir malgré tout. Voici ma sélection en images, histoire de ne pas rester sur le goût amer laissé par le kitschissime chiquissime « trophée plumeaux ».

 

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Je retiens : le cadre chiné en brocante pour présenter les cravates de Monsieur.

 

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Je retiens l’idée « petit cabinet de curiosités » avec des bocaux pour exposer nos objets fétiches.

 

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 J’aime l’idée d’utiliser autour d’une même table des chaises de styles, de couleurs et de matériaux différents…

 

La déco finalement c’est un peu comme l’art. Nous réagissons tous de façon très différente face aux œuvres. Il est donc tout à fait naturel que nous réagissions de façon différente aux modes.

Le style que nous choisissons pour notre aménagement intérieur doit avant tout correspondre à ce qu’on veut raconter : une histoire de bon goût ?